Security Report

Je me promène en ville, à Marseille ou toute autre métropole, et je ne peux que constater les renforts de sécurité. Des sirènes dans les rues, des patrouilles dans la gare, devant les écoles… La présence policière, et même militaire, est partout. Et ce n’est que la partie visible ; en effet, ça fait bien longtemps que je suis filmée dans le métro ou au feu rouge, que la caméra d’un coin de rue est relayée par une autre à quelques mètres de distance.

D’abord, je me dis, justement rassurée : « J’ai de la chance, je vis dans un pays qui protège ses citoyens… »

C’est le contexte ordinaire de notre quotidien. A priori, cela n’influe pas nos stratégies de vie.

Je sens néanmoins l’envie intérieure de ne pas m’arrêter à ce constat et de devenir observateur du cheminement de ma pensée.

Le syndrome sécuritaire

Je pense bien sûr que la menace doit être réelle. Cette idée est d’ailleurs soutenue par des faits, et tous les moyens d’information et de communication la renforcent.

Je décide néanmoins de regarder la définition de la notion de sécurité. Dans mon dictionnaire, je lis :

« C’est le sentiment, bien ou mal fondé, d’être à l’abri de tout danger et risque. »

Ma pensée se poursuit. Je m’interroge : quels sont réellement mes moyens d’appréciation de la réalité du danger ?
Et si demain, il n’y avait plus de menace et que cette omniprésence de sécurité était juste présente pour maintenir le sentiment de sécurité ?
Et si je m’habitue à cette présence pour me sentir à l’abri de tout danger et risque, et qu’a contrario, lorsqu’elle n’y est pas, je me sens menacée ?

L’habituation et l’inconscient collectif

Sa présence se justifierait en dehors de toute menace. Elle deviendrait une partie de mon cadre de fonctionnement, indépendamment de l’existence ou pas de la menace, car notre vérité est ce en quoi nous croyons.

Je trouverais donc tout à fait légitime que mon identité puisse être en permanence vérifiée, que mes déplacements soient identifiés, que mes conversations, le contenu de mon sac puissent être contrôlés à tout moment.

Quelle importance, je n’ai rien à cacher …

Quelle importance d’être prêt à dévoiler un petit bout de mon intimité, de mon identité, de ma liberté à la demande ?
Et puis c’est le prix pour une noble cause : la sécurité, non seulement la mienne, mais celle de tous les citoyens !

Mais si demain, ce petit bout mis bout à bout de tous les autres devenait persistant, immuable ?
Et si demain, on franchissait le pas de l’observation prévenante vers une normalisation excessive des comportements ? Si on glissait vers un formatage acceptable des mentalités ?

Où est la limite de la renonciation à la liberté au profit de la sécurité ? Cela ne vous évoque-t-il pas du déjà vu ?